L’Homme moderne face au(x) bruit(s).

Voilà une caractéristique de l’Homme moderne, c’est d’être entouré de bruits, de tellement de bruits que c’en devient un bruit, un brouhaha. Voici donc l’objet de ce deuxième article

Bruits, sons et mélodies.

Tous les jours, nous sommes entourés, ou nous nous entourons de bruits, de sons et de mélodies.

Pour commencer, quelques définitions sont nécessaires (source: Le petit Robert 2011):

Bruit dans son sens premier est synonyme de son, mais dans son sens deuxième revêt un caractère désagréable. C’est ici le sens que nous lui donnerons.

Mélodie quant à elle, est une succession ordonnée de sons.

La mélodie se distingue donc du bruit en ceci qu’elle est ordonnée, que ce n’est pas un brouhaha, une foultitude de sons sans cohérence et qui en deviennent désagréables.

Bruit et mélodie s’opposent au silence, l’absence de son. Cependant, si le silence peut être agréable, la mélodie également, le bruit est souvent vécu comme une agression.

Le bruit pour exister.

Le bruit nous en produisons tous, à tout instant, en marchant, en parlant, en respirant, quelqu’un de totalement silencieux est par conséquent, fort probablement mort, donc l’éloge d’un silence absolu serait aussi vain qu’illusoire.

Le bruit prouve que nous sommes encore de ce monde, prouve que nous existons. Néanmoins, vous l’aurez tous remarqué, certain ont davantage besoin d’affirmer qu’ils existent, et parviennent tout en usant d’écouteurs à nous faire partager leur musique, comme pour nous dire: voyez, j’existe. Pis, il nous demande de subir leur existence, voilà une vision bien étroite de celle-ci.

Autre cas, ceux qui hurlent chez eux, qui marchent lourdement sur le sol, qui “écoutent” ou plutôt font hurler de la musique, qui s’enguirlandent pour affirmer leurs difficultés, et cetera. Et pourtant, cette volonté d’imposer son existence aux autres, sert parfois à s’isoler des autres.

Le bruit et isolement.

En effet, paradoxalement, en faisant du bruit l’on affirme notre existence, mais souvent, nous nous enfermons dans ce bruit que nous produisons, l’exemple le plus typique étant la personne branchée sur son téléphone, enfermée dans son univers, mais qui pourtant nous fait, en dépit de ses écouteurs, partager un son méconnaissable, un bruit, car ici point de mélodie. L’enfermement hors de la réalité, se solde par une existence affirmée, et une indifférence à l’égard de la gêne provoquée.

Le problème inverse se pose aussi. Le pire des bruits, est celui où l’on croit qu’on est le seul à l’entendre. Par exemple, lorsque nous forniquons. Combien d’affaires de voisinage parce que les voisins ont entendu les ébats, et quoi de plus gênant que de se retrouver en quelque sorte violer par les oreilles de ses voisins.

Deux situations où le bruit est une gêne. Une où il est source d’isolement, l’autre où il y a un manque d’intimité, et d’isolation. À la fois, le bruit nous en faisons pour exister et aimerions aussi pour en garder pour nous. Comme pour la vie en général, il y a la vie publique, et la vie privée. Le bruit et les sons que l’on veut faire partager: notre voix, les musiques que l’on aime, et les bruits que l’on fait pour affirmer notre existence sans parfois s’apercevoir qu’elle nuit à l’agréable existence des autres; et il y a les bruits privés, que l’on ne veut partager qu’avec des gens choisis ou bien personne, la mélodie de notre jardin secret en quelque sorte.

Contre le bruit.

Alors, contre le bruit: le silence, face à tous ces bruits: ceux des gens, des voitures, des magasins (et leur fond musical inutile), de la télévision… Notre vie d’Homme moderne nous condamne-t-elle donc à subir les bruits et à ne jamais pouvoir rencontrer les mélodies d’oiseaux chantants, ou bien le silence – ou plutôt le quasi-silence –. Sommes-nous condamnés, pour vivre paisiblement sans les nuisances auditives des autres, à vivre calfeutré chez soi, avec des murs insonorisants et insonorisés?

Ce serait en partie la solution, en effet, accroître le silence en étouffant les bruits. Il vaudrait mieux accroître, certes le silence, mais aussi le sens de la responsabilité, de la civilité, du respect, faire comprendre à chacun qu’être ce n’est pas détruire les autres. Mais là, il y a un énorme progrès à faire, pour que les plus bruyants s’aperçoivent qu’en se rendant sourds par des bruits trop forts, ils s’isolent du monde, s’en font exclure car nuisent à tous.

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