L’Homme moderne face au(x) bruit(s).

Voilà une caractéristique de l’Homme moderne, c’est d’être entouré de bruits, de tellement de bruits que c’en devient un bruit, un brouhaha. Voici donc l’objet de ce deuxième article

Bruits, sons et mélodies.

Tous les jours, nous sommes entourés, ou nous nous entourons de bruits, de sons et de mélodies.

Pour commencer, quelques définitions sont nécessaires (source: Le petit Robert 2011):

Bruit dans son sens premier est synonyme de son, mais dans son sens deuxième revêt un caractère désagréable. C’est ici le sens que nous lui donnerons.

Mélodie quant à elle, est une succession ordonnée de sons.

La mélodie se distingue donc du bruit en ceci qu’elle est ordonnée, que ce n’est pas un brouhaha, une foultitude de sons sans cohérence et qui en deviennent désagréables.

Bruit et mélodie s’opposent au silence, l’absence de son. Cependant, si le silence peut être agréable, la mélodie également, le bruit est souvent vécu comme une agression.

Le bruit pour exister.

Le bruit nous en produisons tous, à tout instant, en marchant, en parlant, en respirant, quelqu’un de totalement silencieux est par conséquent, fort probablement mort, donc l’éloge d’un silence absolu serait aussi vain qu’illusoire.

Le bruit prouve que nous sommes encore de ce monde, prouve que nous existons. Néanmoins, vous l’aurez tous remarqué, certain ont davantage besoin d’affirmer qu’ils existent, et parviennent tout en usant d’écouteurs à nous faire partager leur musique, comme pour nous dire: voyez, j’existe. Pis, il nous demande de subir leur existence, voilà une vision bien étroite de celle-ci.

Autre cas, ceux qui hurlent chez eux, qui marchent lourdement sur le sol, qui “écoutent” ou plutôt font hurler de la musique, qui s’enguirlandent pour affirmer leurs difficultés, et cetera. Et pourtant, cette volonté d’imposer son existence aux autres, sert parfois à s’isoler des autres.

Le bruit et isolement.

En effet, paradoxalement, en faisant du bruit l’on affirme notre existence, mais souvent, nous nous enfermons dans ce bruit que nous produisons, l’exemple le plus typique étant la personne branchée sur son téléphone, enfermée dans son univers, mais qui pourtant nous fait, en dépit de ses écouteurs, partager un son méconnaissable, un bruit, car ici point de mélodie. L’enfermement hors de la réalité, se solde par une existence affirmée, et une indifférence à l’égard de la gêne provoquée.

Le problème inverse se pose aussi. Le pire des bruits, est celui où l’on croit qu’on est le seul à l’entendre. Par exemple, lorsque nous forniquons. Combien d’affaires de voisinage parce que les voisins ont entendu les ébats, et quoi de plus gênant que de se retrouver en quelque sorte violer par les oreilles de ses voisins.

Deux situations où le bruit est une gêne. Une où il est source d’isolement, l’autre où il y a un manque d’intimité, et d’isolation. À la fois, le bruit nous en faisons pour exister et aimerions aussi pour en garder pour nous. Comme pour la vie en général, il y a la vie publique, et la vie privée. Le bruit et les sons que l’on veut faire partager: notre voix, les musiques que l’on aime, et les bruits que l’on fait pour affirmer notre existence sans parfois s’apercevoir qu’elle nuit à l’agréable existence des autres; et il y a les bruits privés, que l’on ne veut partager qu’avec des gens choisis ou bien personne, la mélodie de notre jardin secret en quelque sorte.

Contre le bruit.

Alors, contre le bruit: le silence, face à tous ces bruits: ceux des gens, des voitures, des magasins (et leur fond musical inutile), de la télévision… Notre vie d’Homme moderne nous condamne-t-elle donc à subir les bruits et à ne jamais pouvoir rencontrer les mélodies d’oiseaux chantants, ou bien le silence – ou plutôt le quasi-silence –. Sommes-nous condamnés, pour vivre paisiblement sans les nuisances auditives des autres, à vivre calfeutré chez soi, avec des murs insonorisants et insonorisés?

Ce serait en partie la solution, en effet, accroître le silence en étouffant les bruits. Il vaudrait mieux accroître, certes le silence, mais aussi le sens de la responsabilité, de la civilité, du respect, faire comprendre à chacun qu’être ce n’est pas détruire les autres. Mais là, il y a un énorme progrès à faire, pour que les plus bruyants s’aperçoivent qu’en se rendant sourds par des bruits trop forts, ils s’isolent du monde, s’en font exclure car nuisent à tous.

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L’Homme moderne et la conquête du temps.

En ce mois d’octobre, nous vous proposons une trilogie d’articles intitulée L’Homme moderne, trois épisodes autour de trois questions qui nous paraissent révélatrice de ce que nous sommes, nous Hommes du XXIe siècle.

Dans ce premier opus, nous allons nousautomne_13 - Copie interroger sur le temps, et notre recherche sans fin de celui-ci.

La course au temps.

Tous les jours nous croisons des personnes qui courent, courent après le temps qu’ils n’ont pas. Courent après le tram, le bus ou le métropolitain alors qu’il y en a un quelques minutes après. Courent après le train, courent après les taxis, courent après le temps perdu. Comme si la vie de chacun devait être optimisée pour que nous fassions le maximum de choses en un minimum de temps, la productivité renforcée.

Et plus nous courons, plus nous parvenons à dégager du temps, plus nous en voulons. Le temps serait un plaisir suprême, mais comme tout plaisir il s’éteint avec l’habitude de l’avoir et la nécessité de le revivre, d’où cette infinie course effrénée.

Le temps, un plaisir, or le plaisir s’oppose au bonheur. En effet, le bonheur est un état permanent, on vit le bonheur, il est un affranchissement, une liberté à l’égard des plaisirs qui enferment dans la dépendance, la frustration selon un schéma: plaisir-fin du plaisir-quête pour le retrouver-frustration qui rendra le plaisir de retrouver ce qui a été perdu encore plus intense et en accroitra la dépendance.

De cette considération, un aparté: ceux qui tente de nous faire apercevoir l’amour comme une suite de plaisir nous leurrent. L’amour est bonheur, le sexe est plaisir. Les deux sont liés en ce sens que le bonheur se manifeste par une tempérance et une maîtrise de ses plaisirs. Souvent on pense aussi que l’amour sans sexe est un bonheur total car affranchi de tous plaisirs, nous pensons au contraire, que le bonheur ce n’est pas renier sa nature, mais la tempérer, la rendre harmonieuse, éviter toute hybris. Par contre, le sexe sans amour, lui est purement plaisir, et donc manifeste une hybris dont la catharsis peut être plus ou moins douloureuse.

Après cette digression, revenons-en à notre propos, le temps, cette recherche du temps serait donc une hybris, une manifestation de notre démesure. Alors que paradoxalement, on réclame toujours davantage de temps pour être plus heureux, accroître nos moments de bonheur, on accroît nos instants de plaisir, pas notre bonheur.

De ce comportement de course frénétique n’en ressort donc qu’impatience, stress, liés à une quête désespéré de toujours plus de plaisirs, d’où la dépendance au temps et un isolement.

Le temps pour soi ou le temps sans les autres.

Un paradoxe béant apparaît, nous courons après le temps en prétextant que nous voulons du temps pour nous. Le paradoxe réside en ceci, que dans notre recherche de temps, dans notre course nous sommes toujours seul, le temps que nous passons à courir, nous le passons avec nous et pour nous.

En fait, loin de chercher du temps pour nous, nous voulons plutôt du temps sans les autres: sans son époux, sans ses enfants qui nous retardent, sans ces gens qui nous bousculent en voulant le même tram que nous, sans ce travail, sans ses collègues, sans personne: que soi.

Et pourtant, ce temps rien que pour soi nous l’avons: le temps que nous passons à courir. Ce temps où nous ne pensons qu’à nous, qu’à notre quête de temps.

Finalement, ce temps après lequel nous courons pour nous consacrer à nous-même, nous pourrions l’avoir en cessant de courir, en prenant le temps. Le temps que nous ne passons pas à courir c’est autant de temps où nous marchons, et pouvons nous recentrer sur nous-même, ce qui est incomparablement plus profitable que courir, qui se recentre sur soi en courant après un tram?

Vivre sans temps: le temps d’avoir le temps.

Nous voilà donc à l’idéal que nous prônons, vivez sans temps (et vivez cent ans). Vivez sans courir après votre temps. Vivez, en prenant le temps, vous courez après du temps supplémentaire pour vous évader du quotidien? Prenez plutôt le temps d’admirer ce quotidien: les paysages que vous traversez en train ou en tram rivé sur votre téléphone ou ordinateur. Admirez cette rue dans laquelle vous passez depuis des années sans prêter attention à quoi que ce soit, découvrez que chaque matin le boulanger vous salue, discutez avec lui, ouvrez-vous au monde.

Cheminez lentement, vous verrez l’absurdité de voir des gens s’agglutiner dans un tram alors qu’il y en a un autre quasi-vide, cinq minutes plus tard. Cheminez lentement, vous pourrez réfléchir calmement à vous même, à ce que vous voulez faire. Cheminez lentement, discutez avec les gens que jusques là vous bousculiez énervé.

Partez en vacances, ne réglez pas à la minute votre séjour, faites une liste des activités que vous aimeriez faire, et si vous n’avez pas le temps de tout faire, est-ce grave? La récompense d’avoir bien fait un maximum est plus grande que celle d’avoir tout fait, et cela fera des souvenirs plus forts et un bon prétexte pour revenir. Prenez des photos, mais prenez le temps de les prendre, laissez votre esprit s’imprégner de ce moment, le souvenir doit être plus puissant que l’image, sinon notre vie ne serait qu’images d’endroits et non souvenir de vécus.

Alors vous me direz, comment trouvez le temps de pouvoir prendre son temps? En cessant de vouloir toujours en faire plus, le bonheur de chaque instant que vous négligiez sera plus grand que les plaisirs que vous espériez pouvoir obtenir en les négligeant. Tempérer vos désirs ponctuels par un bonheur permanent. Cheminez paisiblement, chaque jour vous découvrirez la même rue, avec les mêmes gens, peut-être, mais chaque changements ou choses non encore aperçues vous rendra heureux, et toujours plus maître de votre environnement.

La peur naît de la non-maîtrise, maîtrisez vos désirs pour maîtriser votre temps et votre environnement, apprenez le bonheur.

Nous pourrions dire: laissez le temps au temps. Mais l’Homme préfèrera souvent une course frénétique vers les plaisirs permis pas davantage de temps, plutôt que par le bonheur paisible du temps qui s’écoule.

Du devenir de l’Homme

En réponse à Nicolas L.

Cette fois, loin de nous l’idée de commenter l’actualité du moment qui pourtant est fort riche avec les mouvements démocratiques en Tunisie, les problèmes politiques du Liban, les atermoiements ivoiriens quant au choix de leur président de la République, ou bien encore la prise de fonction de Viktor Orban en tant que président tournant de l’Union Européenne; nous allons vous faire part de quelques réflexions, que l’on pourrait qualifier de philosophiques bien que nous n’ayons nullement la prétention d’avoir les connaissances d’un philosophe.

Tout d’abord, il convient que nous vous mettions au fait de ce qui a fait naître en nous cette réflexion que par commodité nous qualifierons de “philosophique”. Tout vient de ce qu’une connaissance, davantage même, un véritable ami, commenta par un article une citation que nous livrions de Gombrowicz:

S’efforcer de nous convaincre que nous sommes libres? Libres, nous, victimes, martyrs, esclaves jusqu’au cou enfoncés dans la maladie, les vices, les passions, et toujours le harnais au cou, toujours forcés au travail, éprouvant la peur, et toujours ahuris, affairés? Depuis le point du jour jusqu’au plus tard dans la nuit, nous sommes soumis au plus ignoble des esclavages, et voilà qu’on nous parle de “liberté”… […] Dire que nous gardons une possibilité de liberté fondamentale face à la souffrance […] c’est à mon avis faire disparaître entièrement le sens même de ce mot. Souffrir est un état que je refuse et qu’il me faut précisément “souffrir”.

Gombrowicz, Journal 1953-1956, (cité dans "La Philosophie de Gombrowicz" par Francesco M. Cataluccio en préface de Gombrowicz, Cours de Philosophie en six heures un quart)

Et voici qu’en guise de réponse il invoque Pascal, et à lui de conclure: “Le christianisme représente aujourd’hui, contre un si monstrueux néant (ndlr: le  néant que constitue la fin de l’existence humaine), cette révolte de la raison et du cœur, cette défense de l’esprit. Et sa mission dans le naufrage, –s’il n’était là, – de toute espérance, est plus que jamais salvatrice.”

Cet article, constituera donc notre réponse, à la question, qui a paru transparaître dans sa réponse, celle du devenir de l’Homme. Car en effet, c’est là un sujet, qui pose problème, et que tout Homme se pose légitimement, pourquoi suis-je là, quel est le but de mon existence, s’inscrit-elle dans un dessein supérieur qui serait celui d’une téléologie de l’humanité, que se passera-t-il au-delà de ma mort, la fin de l’Homme est-ce à craindre, inévitable? Tant de questions auxquelles la philosophie a tenté de répondre, nous ne prétendrons ici nullement révolutionné le genre, car sûrement ce que nous allons dire a déjà été dit, pensé, voulu, espéré peut-être.

Aussi, la question du devenir de l’Homme formant un problème particulier, nous nous interrogerons dans un premier temps sur les origines de l’Homme et peut-être y trouverons-nous réponse, car si nous sommes c’est pour être et devenir, et là – dans nos origines – peut résider une clef de lecture; puis nous nous intéresserons au devenir de l’humanité selon les sciences et montrerons la vacuité des réponses des sciences sur la question; enfin nous proposerons non pas une solution mais une porte d’espoir non pas quant à la question du devenir de l’Homme, mais de chaque homme.

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La question de l’origine de l’Homme

En effet, si la vie humaine a un but quelconque, il faut déjà s’intéresser à ses origines, et déjà là, problème se pose, si les sciences voient l’Homme descendant d’un processus d’évolutions depuis le surgissement de la vie sur Terre, là où la plupart des religions voient l’action créatrice d’un Dieu, les deux n’étant pas en soi exclusives. Et combien même, la possibilité d’un Dieu comme cause première peut être envisagée, qu’en est-il de la création de Dieu lui-même, Dieu à la fois cause de tout et cause de lui-même? Or, d’un point de vue ontologique, l’effet a nécessairement moins d’être que la cause – car l’effet ne peut être sans la cause –, Dieu étant la cause de lui-même, il aurait déjà donc perdu de lui-même par sa propre création!

Cependant, la question est déjà une question en elle-même problématique, en effet, comme Kant nous l’a appris, la question de l’existence de Dieu ne saurait pouvoir trouver de réponse certaine puisque l’on ne peut démontrer l’existence de quelque chose dont on ne peut faire l’expérience – ce qui existe pouvant être objet (qui est jeté devant) de notre perception –. Certes, nombre pourrait opposer le fait que l’on puisse être “toucher par la grâce”, le toucher étant un des sens, dès lors, Dieu existerait, cependant, rien ne nous dit que la grâce soit un don d’un quelconque Dieu, sinon qu’un attrait pour la croyance, un attrait sans raison, sans motivation a priori, autant dire non-libre, subit car on y serait, par exemple, porté malgré nous par notre entourage, notre immersion dans une société humaine auquel cas, la croyance serait l’effet d’une contrainte extérieure et faite consciemment ou non par intérêt.

Il ne nous resterait donc plus qu’à nous en remettre aux sciences, mais ce serait là une solution peu logique, car les sciences ne peuvent raisonner que sur des objets, or les causes de l’origine du monde et de l’Homme, ne peuvent s’offrir à nous comme objets d’expérience, seules les traces de l’origine peuvent être trouvées, mais les causes des origines de l’humanité apparaissent comme une aporie, sûrement ces causes ont des causes, et nous remonterions ainsi à la nécessaire existence d’un Dieu, retrouvant par là même la preuve de l’existence de Dieu a contigentia mundi, preuve peu satisfaisante comme nous l’avons vu car si Dieu est la cause de lui-même, il a déjà perdu de lui-même et n’est donc plus parfait, et donc plus tout à fait Dieu.

Se pose donc à nous la question des sciences. En effet, après avoir montré que la réponse à la question des origines de l’Homme constitue une aporie et que toute approche scientifique ne pourrait que partiellement porter réponse. Il va s’agir à présent d’appréhender, le cœur de notre problème, l’avenir de l’Homme, si les origines ne semblent pas pouvoir être expliquées et par tant on ne connaît pas le but de notre existence, ni sa cause, ni pourquoi ce qui nous a créé l’a fait; on est porté à cherché auprès des sciences, une réponse, si nous ne savons pas d’où l’on vient, ni pourquoi – pour quelles raisons – l’on existe, peut-être notre avenir pourra-t-il nous assigner un but à atteindre.

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La Science et la question de l’avenir de l’humanité

“Un jour l’histoire sera close, toute l’histoire, parce que l’humanité aura vécu. Comme chacun de nous, quand sonne l’heure, s’étonne d’être déjà parvenu au soir de sa vie, la vie de l’humanité sera arrivée à son terme. Peu importe que ce soit un avenir si lointain que nous cessons de nous y intéresser : pour l’esprit qui pose le problème, cet avenir est déjà présent. Peu importe que ce soit par suite de quelque nouvelle offensive glaciaire (d’après les calculs de Jacques Blanchard sur l’hypothèse du déplacement des pôles, la prochaine glaciation serait pour l’an 64 000) ; ou par suite du refroidissement définitif, conséquence du vieillissement de notre soleil, passé du stade d’étoile jaune à celui d’étoile rouge ; ou, selon l’ « anticipation » de J. H. Rosny, par la lente saharification de la planète, par la disparition des eaux et de l’atmosphère (l’exemple de Mars et surtout celui de notre satellite nous annoncent à cet égard notre destin) ; ou, plus dramatiquement, par suite de quelque brusque collision cosmique, de quelque incendie sidéral au cours duquel notre pauvre petite Terre serait en un instant pulvérisée : solvet sœclum in favillâ.”, telle semble être l’avenir de l’Homme: disparaître, les sciences de ce point de vue nous apporte à chaque instant des hypothèses toutes plus terrifiantes pour la fin d’un monde, le nôtre, celui de la domination de l’humanité sur la Terre, la fin de notre domination pleine et entière sur un monde que nous présumons connaître et dont de toute manière, les sciences nous expliqueront les mécanismes, les phénomènes. Ainsi plongés tout entier dans un monde dont nous croyons tout connaître, tout pouvoir expliquer par la science, à la lumière de la Raison qui sait, qui examine, qui élimine le faux, détermine le vrai, les sciences ainsi nous montreraient notre avenir, la fin, l’ultime fin, la fin de notre existence.

Mais là déjà les sciences se trouvent confrontées à un obstacle majeur, elles se concentrent sur les choses matérielles, les étant immergés dans le monde phénoménal. Or, dans de telles circonstances, nous ne pouvons savoir, non pas que nous soyons sceptiques, mais réfléchissons-y un instant. La raison, est cette lumière qui permet à l’Homme de connaître, or chaque homme individuel, éclaire de sa lumière la réalité, et il semblerait ainsi que la réalité bien qu’universel soit toujours perçu à travers le prisme de la subjectivité de l’homme lambda, et le scientifique n’y échappe nullement, il met en ordre la réalité face à lui pour la rendre cohérente, compréhensible, logique. Heidegger, dirait que la science arraisonne la nature, car voulant montrer les mécanismes des phénomènes en général, elle présuppose toujours le résultat de son expérience, et l’interprétation de celle-ci se fera toujours à la lumière de cette hypothèse, ainsi la Science, de la vérité de la réalité n’a-t-elle qu’une perception déterminée par l’homme qui la pratique, mais cette expérience est valide de sorte que l’hypothèse devienne vraie, jusqu’à ce qu’un scientifique présupposant différemment démontre plus, voire réfute cette thèse. Le problème de la Science (de toute sciences, des plus exactes aux humaines, à l’exception notable des mathématiques qui forment un monde en soi, extérieure à la réalité, pures abstractions, l’incroyable est de vouloir trouver des mathématiques dans toute réalité), c’est qu’elle n’est jamais que subjectif bien que prétendant à l’objectivité la plus totale, ici se pose la question du rapport sujet/objet, et là il me paraît opportun de citer – longuement, j’en suis désolé – Francesco M. Cataluccio lorsqu’en préface du Cours de philosophie en six heures un quart de Gombrowicz, il présente la philosophie de ce-dernier:

Le rapport sujet/objet est étroitement lié au thème de la Forme. Gombrowicz, comme les personnages de ses histoires, était un être qui pouvait devenir fou si ses yeux se fixaient sur un objet, ou son esprit sur une pensée… Cette obsession est particulièrement évident dans Cosmos. Le roman est construit comme un “polar”: l’histoire d’une recherche spasmodique d’indices qui s’imposent aux protagonistes, au milieu de la confusion des choses. Considérer un objet en tant qu’“indice” signifie lui donner un sens, ce qui conduit à se demander pourquoi c’est précisément lui qui nous a frappés. La démarche du détective est un peu, pour Gombrowicz, le symbole de ce que fait continuellement chaque individu – dans l’acte cognitif – par rapport à la réalité: “Qu’est-ce qu’un roman policier? Un essai d’organiser le chaos. C’est pourquoi, mon Cosmos, que j’aime appeler “un roman sur la formation de la réalité”, sera une sorte de récit policier16.”. Pour Gombrowicz, le monde objectif n’existe pas, il est inconnaissable comme le numen de Kant.

Tout être humain, à partir du moment où il arrive à une conscience de soi, essaie de mettre de l’ordre (Cosmos) dans le désordre (Chaos) qui l’entoure, il essaie de trouver le nœud du problème compliqué des milliards de sensations dont il est assailli quotidiennement. Le passage du Chaos au Cosmos, des objets confus à un ordre subjectif, est inhérent à notre nature même: “sortis du chaos, nous ne pourrons jamais être en contact avec lui: à peine avons-nous regardé que l’ordre naît sous notre regard… et la forme17.” Chaque individu “crée” la réalité. Et l’écrivain, le philosophe ou le scientifique en font tout autant. Le roman, par exemple, est en soi une réalité, une mise en ordre de nombreux éléments sélectionnés. Mais cet ordre qui est donné à la réalité est quelque chose de très personnel, isolé, privé. L’ordre imposé au monde par l’homme est, selon Gombrowicz, follement subjectif. Le symbole de ce subjectivisme cognitif est Don Quichotte[, … il] montre que le Monde en tant que pierre de touche servant à distinguer réalité et folie, songe et veille, n’existe plus (s’il a jamais existé). Les mondes sont désormais infinis comme le sont les sujets qui les pensent. Don Quichotte est un exemple de subjectivisme cognitif porté à ses conséquences extrêmes: toute la réalité doit se plier à son retour/refuge à l’époque des chevaliers héroïques. “Don Quichotte annonce Kant”: il doit bien exister quelque chose dans la réalité, si son cerveau l’a produite18.

Le mécanisme de notre rapport obsessionnel avec la monde des objets, “un véritable piège”, est ainsi décrit par Gombrowicz: “Parmi l’infinité de phénomènes qui se produisent autour de moi, j’en pique un. J’aperçois par exemple un cendrier sur ma table (les autres objets présents sombrent dans la néant). Si je parviens à expliquer pourquoi c’est justement sur le cendrier que mon regard s’est posé (“je voulais faire tomber la cendre de ma cigarette”), tout est en règle. Si j’ai regardé le cendrier par hasard, sans aucune intention, et que ce premier regard reste sans suite, tout est parfait également. Mais si, ayant une fois posé les yeux sur ce phénomène insignifiant, tu t’y arrêtes une seconde fois… malheur! Pourquoi y revenir s’il est insignifiant? Ah, c’est donc qu’il signifie bien pour toi quelque chose, si tu y reviens?… Voilà comment, simplement parce que tu t’es concentré illégalement sur ce phénomène une seconde de trop, l’objet commence à se distinguer, à devenir signifiant. […] Dans la conscience il y a quelque chose qui fait d’elle son propre piège19.”

Cité par Francesco M. Cataluccio en préface du Cours de philosophie en six heures un quart de Gombrowicz expliquant la philosophie de ce-dernier.

Notes:

16: Gombrowicz, Cosmos, trad. Georges Sédir, Denoël, Paris, 1991, p.9, Folio n.400.

17: Id., ibid., p.41

18: Cf. W. Gombrowicz, “Don Quichotte aujourd’hui” in W. Gombrowicz, Varia, Bourgois, Paris, 1986, pp.11-16.

19: Gombrowicz, Journal 1961-1969, trad. par Christophe Jezewski et Dominique Autrand, Bourgois, Paris, 1981, p. 164.

Nous le voyons, les scientifiques comme tout à chacun fabriquent leur réalité, et donc, la réalité nous échappe, nous voulons voir de l’ordre partout, c’est la caractéristique principale de l’Homme, ordonner le monde, un monde qu’il domine, en apparence en tout cas. La réalité est construite par l’Homme, d’où l’exemple de Don Quichotte, et lorsque la volonté s’affirme de trop dans la perception de la réalité, on peut voir une armée de chevaliers là où il n’y a que des moulins. Ainsi, de même, l’Homme, ne voit-il dans son avenir que sa fin, la fin de son règne. Ici, nous citerons à propos, celui à qui s’adresse cette réponse: Peu importe que la mort de l’espèce n’intervienne qu’après une succession de découvertes scientifiques qui nous auront, pour un temps, rendus semblables aux dieux. Même parvenu à la possession des secrets les plus mystérieux de l’atome et du cosmos, le dieu humain mourra. Et toute son œuvre matérielle aura été en vain. D’autant plus désespéré que son intelligence des choses et sa maîtrise sur elles auront été plus complète, il lui faudra renoncer à cette dérisoire toute-puissance. C’est alors que « le silence éternel de ces espaces infinis » lui apparaîtra ce qu’il est réellement : le seul problème. Imaginons, sur ce thème, la suprême méditation du dernier être pensant au dernier soir de la planète.

Mais je me trompe. Cette méditation, nous la connaissons déjà. Pascal l’a pour nous écrite en ces termes où il n’y a pas un iota à changer. « En regardant tout l’univers muet et l’homme sans lumière, abandonné à lui-même et comme égaré dans ce recoin de l’univers, sans savoir qui l’y a mis, ce qu’il y est venu faire, ce qu’il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j’entre en effroi comme un homme qu’on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable et qui s’éveillerait sans connaître où il est, sans moyen d’en sortir. Et sur cela j’admire comment on n’entre point en désespoir d’un si misérable état. »”.

Nous l’avons montré, l’Homme ne peut trouver la réponse de sa fin dans les sciences, mais la question peut se poser à présent, au nom de quoi, l’humanité trouverait-elle nécessairement sa fin? Tout ce qui a un début a nécessairement une fin, donc le règne de l’humanité se terminerait, mais l’humanité elle-même se terminerait-elle forcément? Force est de constater, que c’est impossible d’apporter réponse à de telles questions, nous voici donc, après des paragraphes à y réfléchir amené à dire que nous ne savons même pas si ce sur quoi nous nous interrogeons – la fin de l’humanité – surviendra.

Il semble donc que cette question ne puisse trouver de réponse certaine, mais poser encore pouvons-nous nous questionner sur le devenir de tout homme, l’humanité ne finira peut-être pas, mais chaque homme meurt, selon ma phrase: “La vie n’est qu’un long chemin vers la mort”. Et c’est une quasi-certitude, tout homme est destiné à mourir, du moins jusqu’à présent tous les cas observés ont connu le même: “Né poussière, poussière tu redeviendras”, dès lors, se pose la question plus égoïste, mais c’est à vrai dire celle que tous nous nous posons, loin de toute téléologie ce qui nous intéresse c’est notre devenir à nous (comme dans la chanson de Maurice Chevalier “Quand un vicomte”, vous voyez). Aussi convient-il que l’on s’y intéresse.

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Le devenir de chaque homme

Grande question s’il en est, car nous ne pouvons prétendre répondre pour chacun des hommes qui sont, seront et ont été. L’homme est toujours en devenir, a toujours à être, c’est d’ailleurs ce qui le distingue de toutes les autres choses, animaux compris. L’homme est un être en devenir, il n’est pas définitivement, prenons un exemple: Jean-François Copé, c’est un homme, dirigeant actuel de l’UMP, et tout ce qui peut le caractériser, il a été un jeune homme, et aspire à être un président de la République (objectif 2017); c’est là la spécificité de l’homme (précision, lorsque nous écrivons Homme, c’est l’humanité, un homme idéal, abstrait, par contre sans majuscules, c’est un homme lambda, incluant les femmes évidemment), l’homme est en effet un être qui vit dans le futur. L’homme est à devenir, il s’inquiète de ce qui est à-venir. L’homme se projette toujours, il n’est que passagèrement ce qu’il est, il n’aspire qu’à être autre chose ou davantage!

Cependant, la question qui hante le plus l’homme, il n’aspire que rarement, à être mort, la mort il la subit, sa plus préoccupation est qu’est-ce qu’il va laisser, que restera-t-il de lui, quelle(s) trace(s) subsistera(ont) de son existence, si les Grands Hommes hégéliens demeurent dans le souvenir, qui ne connaît pas Jules César, Octave Auguste, Jésus-Christ, Clovis, Charlemagne, Napoléon, Pierre-le-Grand, Lech Walesa, Chopin, De Gaulle… Mais le problème c’est que bien que l’on demeure dans le souvenir collectif on est caricaturé, voire galvaudé; il en va de même pour la masse des inconnus anonymes, qui ne laisseront de traces qu’à leur famille, à l’état civil, voire disparaitront des mémoires, ne restant que des corps: “Né poussière, poussière tu retourneras”.

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L’homme n’est donc qu’un être en devenir, mais la mort devant achevé, mettre fin à tout devenir et les traces ne pouvant que s’effacer, il ne reste plus qu’à l’homme l’espoir d’un au-delà. C’est là que nous allons en revenir à Kant, ainsi la boucle de notre exposé sera bouclée, certes Kant dans sa Critique de la Raison pure, démontre l’impossible démonstration de l’existence ou non-existence de Dieu, dans sa Critique de la Raison pratique, il nous enjoint à croire. Ainsi, pour le devenir de l’homme, loin de sombrer dans un pessimisme, il faut garder un optimisme, croire en un avenir, mais là l’homme se heurte à des incertitudes et à ses idéaux, car toujours l’homme veut mieux que ce qu’il n’a, et rien ne dit que ce sera le cas.

Bref, vivons dans l’espoir d’une vie après la mort, car sinon notre vie présente n’aurait aucun sens et mieux vaudrait y mettre immédiatement fin si elle n’a ni but, ni récompense, ni sanction. La croyance est l’ultime porte d’espérance pour l’Homme sinon, sa vie n’aurait de but que sa mort, et aucun être ne peut passer sa vie à méditer sa mort, sinon cette vie ne serait plus vie, mais une lente mort, une insupportable agonie vers un horizon sans espoir, la fin, la mort. Ainsi Kant qui nous enjoint à croire en l’existence de Dieu, et de l’âme, se devrait-il d’être suivi.

Remerciements:

À Nicolas L. pour m’avoir permis de réfléchir quelques instants,

à A. Avello pour m’avoir formé à la réflexion, même si cette réponse ne respecte nullement les règles d’une dissertation philosophiques en bonne et due forme.