Journées européennes du patrimoine: qu’est-ce que le patrimoine?

Alors que les dernières journées européennes du patrimoine se sont déroulées les samedi 15 et dimanche 16 septembre derniers, il nous semblait opportun de revenir sur les rapports que l’on a vis-à-vis du patrimoine.

Définition et oppositions

Le patrimoine pour Le petit Robert 2011 se définit comme ce qui est considéré comme un bien propre, comme une propriété, une richesse transmise par les ancêtres. Tel est le troisième sens, celui que l’on peut le mieux attribué à ce qu’évoque le mot patrimoine dans notre cas.

Le patrimoine serait donc ce que nos ancêtres nous ont transmis, de là s’annonce un paradoxe politique, la gauche qui se veut progressiste, et qui, à l’occasion, entonne encore l’Internationale défend, elle aussi, ce conservatisme. Le rêve de faire table rase des valeurs, des pensées, des conceptions de nos ancêtres, qui transparaissent nécessairement dans ce qu’ils nous lèguent, serait-il devenu un bon mot pour donner un côté révolutionnaire?

Le patrimoine, quoi de plus dépassé dans l’esprit d’un progressiste, le progrès c’est demain, hier n’est qu’obscurantisme et malheur. Dès lors, le patrimoine aurait valeur édificatrice: voyez ce qu’hier était pour ne plus le reproduire? Or, toujours est évoqué pour justifier l’entrée au patrimoine, le fait que cette œuvre qui a survécu au temps est là pour inspirer les générations futures, socialisme et communisme sont là pour dépasser et détruire le passé, à l’origine, lorsque socialisme et communisme existaient; de même, l’esprit révolutionnaire cherche à toujours aller de l’avant, mais cet esprit, quoiqu’on en dise n’existe plus. Révolution, socialisme, communisme appartiennent donc à notre patrimoine intellectuel comme des idéologies dépassées que nous étudions encore pour leurs gloires – et destructions – passées.

Inflation patrimoniale

Une autre question se pose au patrimoine, son caractère inflationniste, petit à petit, tout devient patrimoine. Si au départ le patrimoine s’est longtemps limité au biens matériels, déjà nombreux, tels que les bâtiments, les statues, les places, les meubles, les tableaux; c’est les biens immatériels qui ne cessent d’enfler le patrimoine, si les idées sont difficiles à considérer comme patrimoine, les ouvrages où elles figurent en sont, la gastronomie en est à présent. La patrimoine recoupe petit à petit tout, tout peut devenir du patrimoine, de l’archive publique jusqu’à la maison de famille.

Rapidement, se pose au conservateur, une contrainte: le coût.

La première tâche du conservateur: détruire

Cela peut paraître antinomique mais, si nous y réfléchissons un instant, cela est exact, la première chose que doit faire le conservateur est un tri, entre ce que l’on va garder et ce que l’on ne va pas conserver. Si souvent, lorsqu’il s’agit de lieux dans lesquels nous avons vécu, grandi, l’opposition des populations peut intervenir, le conservateur lui se doit de choisir.

Ici, conservateur est pris au sens large, nous sommes des conservateurs en puissance, chaque jour nous devons faire des choix et parfois nous séparer de choses qui ne nous servent plus et dont le rapport affectif que nous nourrissons à leur égard ne justifie pas de les conserver. L’archiviste de son côté doit choisir de même, en visite aux archives de la Communauté Urbaine de Strasbourg (CUS), notre guide nous a dit que chaque année un fonctionnaire de la CUS produit en moyenne 1 mètre de linéaire d’archives, sachant qu’il y a 3000 fonctionnaires à la CUS, chacun aperçoit la nécessité de détruire une part d’archives, ainsi en moyenne par an, lesdites archives de la CUS accueille de 400 à 600m d’archives supplémentaires.

Nous le voyons, la conservation, le patrimoine, nécessite des choix, notamment en raison de son coût. Ainsi, au lieu de toujours vouloir tout garder, il faut à chaque instant se demander dans quel but et pourquoi ce bâtiment là et pas un autre. Enfin, la souci du patrimoine doit nous faire prendre conscience des petites choses du quotidien que nous apprécions mais n’apercevons pas toujours et donc ne savons en profiter, et le jour où la nécessité vient nous le retirer nous en sommes dépossédés. Connaître ce que l’on aime permet de savoir s’en passer et se contenter du souvenir, s’apercevoir combien on a aimé au moment où on le perd est bien plus difficile. Tel est le patrimoine.

Dettes, crises de l’euro, crise de la souveraineté

Alors qu’il n’aura échapper à personne que la lettre aux Parlementaires adressée par le Président de la République fait référence, implicitement, à l’adhésion demandée à la révision de la constitution, en cas de réunion du Congrès, consistant en l’adoption de ce que l’on nomme la “Règle d’or”, nous souhaitions nous interroger sur les évènements de ces derniers mois concernant la dette, que nous allons lier à l’euro, et à la souveraineté.

De la gestion des dettes souveraines1

Voilà de nombreuses décennies que les Etats, bercés soit dans un optimiste avenir de croissance grandiose, soit contraints par des peuples aveugles et endormis, soit un malheureux cumul des deux, se sont laissés emporter dans les affres du déficit, puis du déficit chronique pour aboutir à une dette colossale.

Ainsi en 2010, le déficit budgétaire de la France a atteint 7% du PIB, et la dette publique a atteint au premier trimestre 2011 84,5% soit 1 646,1 milliards d’euros (ou si vous voulez signez un chèque au fisc en cadeau: 1 646 100 000 000€) face à un budget en 2010 s’élevant à 267,2 milliards d’euros. Ainsi, la dette représente 2011 l’équivalent de plus de six fois le budget total de l’Etat de 2010. En conséquence de quoi, s’il nous voulions rembourser immédiatement notre dette, il faudrait multiplier par six les recettes de l’Etat en admettant que l’on réduise dans le même temps ses dépenses à rien.

Evidemment cela est impossible à réaliser, néanmoins la dette pose problème. En effet, si un Etat vit de manière chronique avec des dépenses supérieures à ses recettes, la situation devient explosive pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’effet boule de neige peut mener à emprunter pour rembourser, ce qui ne fait que grossir la dette, jusqu’à l’instant où elle devient ingérable et où la banqueroute indispensable. La banqueroute est une solution de court-terme mais qui pourrait s’avérer couteuse à long-terme tant la peur d’une nouvelle banqueroute fera grimper les nouveaux taux d’intérêt. Par ailleurs, la population ne comprendrait pas que ce qui n’a jamais posé problème jusques là, aujourd’hui soit la cause de réduction drastiques des dépenses, notamment sociales. Tout cela souligne l’inconséquence de nos gouvernants qui n’ont jamais voulu prendre à bras le corps le problème que posait la dette et qui aujourd’hui vont être contraints de demander d’énormes sacrifices pour leur mauvaise gestion passée. Cela dit, n’oublions pas, que ces mêmes gouvernants furent au pouvoir grâce à nos votes.

Il faut qu’en démocratie comme pour l’Union Européenne (UE), il faut attendre d’être au bord du précipice pour que les décisions se prennent, comme si l’on jugeait toujours le peuple immature et ne pouvant donc comprendre les grands enjeux de la dette, qui pourtant se résume aisément en une phrase: la capacité des générations futures à pouvoir entreprendre leurs décisions sans difficulté.

De la crise de l’euro et du nécessaire appel aux souverains

Cela nous mène naturellement donc à observer la crise de l’euro.  De réunion en réunions, les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro prennent des décisions afin de parer au plus urgent. Sauver la Grèce est normale, berceau de l’Europe enlevée à l’Orient, elle est le pays qui par son histoire a donner à l’Europe son identité particulière dans un monde d’actions, celle de penser, construire une pensée, la déconstruire, la détruire, pour renaitre telle le Phénix de ses cendres. L’idée d’Europe, fusse-t-elle Europe des Nations, comporte en elle, la solidarité. Quant à  ceux qui proposent de quitter le navire en pleine tempête, rien ne dit que les canaux de sauvetage soient plus viables que le navire lui-même. Il ne faudrait pas qu’en cas de crise, portées par la méfiance, la peur, et l’énervement des solutions trop extrêmes menaces l’avenir non pas d’un mais de dix-sept pays.

Si la sortie de l’euro est une solution possible, il ne faudrait pas qu’elle obère les autres solutions. Ces autres solutions que les gouvernants prennent à petits pas, comme l’intégration des politiques budgétaires. En fait, disons-le clairement, les peuples d’Europe hésitent, retour en arrière avec une indépendance plus forte des Etats, ou pas en avant vers une fédéralisation et la création d’un Etat européen en tant que tel.

Les politiques s’avancent prudemment, heureusement, mais il va falloir se frotter sérieusement au problème et faire des propositions aux peuples d’Europe afin de construire véritablement un Etat. Il faut dire qu’une telle optique si elle est plaisante, pour certains, intellectuellement ne se fera que par des sacrifices de chacun des Etats, et enlèvera aux gouvernants le bouc-émissaire facile et conciliant que sont l’UE et l’euro; de plus cela donnera de la crédibilité à l’Europe, qui au lieu de jouir des sièges des Etats et en plus de celui de l’UE, sera réduit à un seul siège, plus honnête.

Il faut donc pour régler définitivement tout problème, faire des propositions, dans un sens comme dans l’autre et laisser les peuples souverains choisir de l’avenir qu’ils veulent construire. Quelle Europe ou un retour dans quelles circonstances à la situation antérieure?

De la crise de la dette et du péril pour la souveraineté?

Tout au long de cet article, nous avons aperçu la question de la souveraineté. Aujourd’hui, les agences de notations que sont Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch Ratings, sont montrés du doigt car par leurs notations, elles affectent les taux d’intérêts pratiqués envers les dettes souveraines, cela est cependant à rebours des déclarations de 2008, où les chefs d’Etat leur reprochaient de ne pas avoir aperçu le risque des subprimes, voilà qu’ils leur reprochent de nuire à la souveraineté des Etats en menaçant les capacités d’emprunt.

À notre sens, cela est une erreur de jugement, en effet, contracter des emprunts, c’est déjà menacer sa souveraineté, notamment comme dans la cas de la France où la majorité des bons du Trésor sont détenus par des investisseurs étrangers. Emettre des bons du Trésor, c’est montrer que l’on ne se finance pas suffisamment par soi-même, et donc les dépenses sont assujetties au bon-vouloir des investisseurs. S’endetter c’est perdre de sa souveraineté en étant contraint par la dette. detecter-faux-billet-euroLe jour où les investisseurs se détournent, la crise éclate et l’Etat fait défaut, donc les investisseurs ne lui font plus confiance.

La solution? Déjà faire en sorte que la dette soit au maximum détenue par des capitaux nationaux, ainsi la dette souveraine du Japon atteint presque les 200% du PIB, mais 94% de cette dette est détenue par des ménages japonais, et les 6% restants principalement par des grandes entreprises nationales, ce que l’on pourrait appeler donc de la bonne dette (cf. Bonne dette, mauvaise dette : l’exemple japonais), même si la véritable bonne dette est celle qui sera remboursée car aura permis de moderniser le pays et la croissance future couvrira la dette ancienne. Seul l’avenir peut juger de la qualité d’une dette et de son caractère judicieux.

Il est clair que le but d’un droit gouvernement est de gérer le présent par des dépenses le rendant supportable (dépenses de santé par exemple), mais surtout de préparer l’avenir (éducation, recherche, investissement…), la dette peut aider à cela, mais ne doit pas devenir une habitude car sinon elle compromet l’avenir justement, d’autant plus si les choix d’investissements d’avenir s’avéraient être de mauvais choix.


1: l’ensemble des données proviennent du site de l’Institut Nationale de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE)

De l’Europe, des déficits et des dettes

L’Euro est-il en crise? En tout les cas, les marchés financiers spéculent et s’amusent à mettre en exergue les déficits, dettes et autre soucis de croissance de quelques Etats européens dont la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande pays que les traders anglais ont surnommés les P.I.G.S. pour Portugal, Irland, Greece, Spain. Au-delà de la redoutable poésie des marchés, ils nous rappellent qu’après la crise financière, la crise économique, la crise sociale, la crise monétaire n’est pas improbable.

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Des déficits et des dettes.

Si l’état des finances de la plupart des états dits industrialisés étaient déjà pour la plupart desdits états dans un état inquiétant, la crise a accentué l’importance des déficits et par là même accru les dettes.

La Grèce doit cette année afficher une croissance négative de 0,7%, en 2008 sa dette s’élevait à 99,2% du P.I.B., et pour 2010 cela dépassera à n’en pas douter les 100% et en 2008 7,7% de P.I.B. de déficit et en 2010 probablement au-delà de 12%.

L’Espagne quant à elle doit faire face à la crise de son immobilier, secteur crucial de l’Espagne pour ne pas dire le seul exit le tourisme. Mais sa dette n’est que de 60% ce qui lui laisse encore une marge confortable notamment par rapport au 70-80% de la France et de l’Allemagne.

Il faut d’ailleurs noter qu’en Europe les pays vertueux n’existent pas, même la dite très vertueuse Allemagne. En France, cependant, contrairement à l’Allemagne où l’on discute et on décide, en France depuis Giscard la France a des déficits chroniques, mais jamais un candidat, ni un gouvernant n’a jamais osé s’attaquer à ce problème. La question fiscale demeure en France et en Europe LA question que l’on se doit de résoudre, rapidement et sans pour autant bâcler la réponse.

Du jeu dangereux des marchés et spéculateurs.

Si le président de la République, les chefs d’Etats, les directeurs de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International avaient annoncé lors de leurs différentes réunions notamment aux G20 de Londres et de Pittsburg, tous promettaient de réguler la finance mondiale et de lutter  contre les ennemis désignés: les spéculateurs, or en ce début 2010 loin des fortes déclarations d’intentions nous revoilà avec des spéculateurs qui jouent à fond sur la dette grecque en faisant croître le taux pour les bons du trésor grecs, et autant lorsqu’il s’agissait de réguler la folie des banques et autres magna de la finance sur le risque qu’ils pouvaient représenter sur l’économie réelle, bon ça ne se bousculait guère au portillon. Cependant, à présent lesdits spéculateurs s’attaquent aux dettes souveraines, et là il est à espérer et il est à n’en pas douter que les mesures de rétorsion seront d’autant plus vigoureuses que l’on s’attaque aux moyens de l’Etat, aux moyens d’action des politiques. Autant une crise leur donne un rôle important et fait monter leur popularité autant une crise des dettes souveraines remet en cause leur pouvoir, leurs moyens d’action, aussi le match politique-finance se poursuit qui gagnera? La finance pourra-t-elle jouer au point de mettre en péril les équilibres des Etats?

De l’impossibilité d’une gouvernance économique de la zone euro.

Voilà des années que l’on en parle, que la France en particulier veut la mettre en place. Pourquoi cela ne se fait-il pas? À cela plusieurs raison: ni l’U.E. ni la zone euro ne sont des états en tant que tel, tout juste des organisations internationales, et dans aucun des traités il n’a été prévu que les états abandonnent leur compétence qu’est la gouvernance de leur économie. D’ailleurs quel en serait l’intérêt sinon pour la plupart des pays se dirent que tout compte fait l’Allemagne paiera?

Par ailleurs, il est clair que le statut ambivalent de l’U.E. qui n’a pas les mêmes frontières que la zone euro ni que l’espace Schengen contribue a compliqué les choses. Si l’U.E. a un fonctionnement interne digne d’un Etat fédéral, à l’extérieur elle n’en demeure pas moins une simple organisation internationale. Tout cela permet de dire que c’est la faute de l’Europe tout en sachant pertinemment, qu’elle n’a aucune compétence seule sans l’avis des 27 états qui la composent. Or il est clair qu’aucun gouvernement n’a intérêt à lever cette ambigüité ne serait-ce que pour des raisons politico-politique, un bouc émissaire qui s’en va rend plus difficile les campagnes. Néanmoins, il va arriver un temps où il faudra éclaircir la chose, l’U.E. est-elle un Etat? Les membres sont-ils prêts à lui abandonner leur souveraineté internationale? Les membres sont-il prêts à ne plus exister en temps qu’Etat souverain? S’il est clair que l’évolution de l’U.E. pousse à se poser la question, il est aussi évident que cela relève d’un doux rêve tenant du fait de la construction de l’U.E. elle-même qui s’est faite aux dépens des peuples, sans leurs avis. Pour preuve on a créé une citoyenneté européenne avant même qu’il y est un sentiment national européen. Nous sommes de fait tous européens mais qui se sent européen sinon Français et européen, Italien et européen, Slovène et européen, Allemand et européen, pour avoir un peuple européen il faudrait que chacun se sent Européen et Français, or aujourd’hui l’appartenance à un Etat souverain prédomine, si l’U.E. était souveraine cela changerait, mais avant cela encore faut-il que chacun des Etats soient prêts à disparaître internationalement, mais cela n’arrivera jamais ce pour plusieurs raisons, se pose le problème de la puissance atomique par exemple.

En conclusion toute l’ambivalence quant aux statuts de l’U.E. rend difficile une gouvernance économique européenne.

Pour toujours davantage d’informations consulter l’émission C dans l’air du mardi 9 février 2010: cliquez ici