Une situation périlleuse (I): Le modèle allemand

Comme promis, le 31 août, dans une annonce de rentrée, voici notre série:

Alors que la crise s’étend à l’Europe, que le Premier ministre vient d’engager un plan permettant de remplir l’objectif de 4,6% de déficit en 2012, il convenait pour nous de consacrer une série d’articles à la situation périlleuse que nous vivons. En effet, dans la frénésie d’informations que nous avons vécu cet été, entre la crise de l’euro, la dégradation de la note étatsunienne, les violences au Royaume-Uni, les révolutions arabes et la guerre de Lybie, il nous paraissait indispensable de faire un  point sur une situation que nous qualifierions de périlleuse.

Notre série sera composée de neuf articles, neuf comme le dernier chiffre, la fin idéale de toute série. Un article sera publié chaque jour à 11h30 sur le blog. Voici le premier:

Le modèle allemand

La crise frappe la zone euro, de cette crise ressort deux Europes aux modèles opposés: l’Europe du Nord qui suit le modèle allemand d’exportation (Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Finlande, Suède), l’Europe du Sud qui suit le modèle français de consommation (France, Espagne, Italie, Grèce). Dans ce premier article, nous allons fixer notre attention sur le modèle allemand, tourné vers l’exportation; nous concentrerons notre analyse au cas de l’Allemagne proprement dite.

*

*               *

Les forces du modèle

L’Allemagne semble être le modèle qui réussit en Europe au regard de la crise que nous traversons. Une croissance au rendez-vous, faible mais présente, un déficit budgétaire maîtrisé même si la dette accumulée est importante.

L’Allemagne jouit de facteurs favorables et de choix adaptés: une économie tournée vers l’exportation, mais pas n’importe laquelle, celle des machines-outils où l’Allemagne est en situation de quasi-monopole et où son savoir-faire est incontestable. Par ailleurs, elle bénéficie d’une réputation de qualité, que ce soit à travers ses automobiles (Porsche, BMW, Audi, Mercedes…), ses grandes entreprises (Siemens, BASF, Continental…), la puissance de ses PME.

De plus, l’Allemagne a su jouer favorablement de l’élargissement de l’Union, alors que la France s’épouvantait du phantasme du plombier polonais, les entreprises allemandes notamment de l’automobile, se tournent vers ces nouveaux pays, leur accordant la fabrication de pièces non-déterminantes, la construction des pièces fondamentales et l’assemblage demeurant en Allemagne. La France demeure encore bornée à l’indépassable horizon franco-allemand, là où l’Allemagne, se tourne vers ses voisins, ainsi par exemple, avec le partenariat sur l’Oder avec la Pologne. La France arc-boutée sur un passé glorieux néglige les gloires à venir, et se borne aux vieilles recettes du couple franco-allemand. M. Sarkozy tentant un vague rapprochement avec le Royaume-Uni, là où il faudrait dépasser la vieille Europe occidentale et se tourner vers des pays neufs aux fortes perspectives!

*

Un modèle sur le déclin?

Néanmoins, comme tout modèle, le modèle allemand a ses revers. Les politiciens actuels nous le présente comme un idéal, mais s’il paraît à son apogée, il porte les marque de son déclin à venir.

Tout d’abord, et ce n’est pas peu dire, ce modèle est fortement dépendant des autres pays, pour preuve, en cas de crise qui frappe les exportations, l’Allemagne chute, mais lors de la reprise, qui se caractérise par un redémarrage du commerce international, elle en profite. Cependant, l’Allemagne dépend fortement des pays de la zone euro, notamment de ceux de l’Europe du Sud tournés vers la consommation, et qu’elle cherche à faire adhérer à son rigorisme, qui nuit à la consommation et donc indirectement à ses exportations à elle!

Par ailleurs, l’Allemagne n’a pas su incarner la modernité, les Allemands font trop peu d’enfants, l’Allemagne vieillit et se dépeuple, seul l’apport positif de l’immigration la sauve encore, mais pour combien de temps? Ce vieillissement, s’il lui épargne les dépenses d’éducation, lui coûtera à terme face à la dépendance, et au manque de dynamisme que seule une jeunesse peut apporter. Moins de jeunes, c’est moins de population active à terme et donc des hausse de salaire, et donc un manque de compétitivité, mais trop peu de jeunesse, c’est moins d’innovation, et donc se fermer les portes de l’avenir.

Enfin, qu’en est-il de l’Allemagne intellectuelle? La seconde guerre mondiale semble avoir plongé le pays de Heidegger dans une incroyable somnolence intellectuelle, pas d’idée pour l’Europe, pas d’idée pour le monde, pas d’idée sur l’Homme du XXIe siècle. L’Allemagne paraît vidée de son âme créatrice.

*

Espoirs du modèle français?

Si le modèle allemand a ses failles, le modèle français a les siennes. Si le modèle français accumule une dette publique de 1600 milliards, et une dette publique de 1000 milliards, il peut compter sur quelques 3320 milliards d’épargne des ménages par exemple (source), de plus l’INSEE a communiqué récemment sa dernière étude sur le taux d’épargne des Français. Le revenu disponible des ménages français, en 2008, s’établit ainsi à 993 milliards d’euros, dont 821 milliards ont été dépensés et 172 milliards ont été épargnés, soit une moyenne de 17,3% du revenu disponible. La France a donc des ressources.

Mais voilà, en basant son économie sur la consommation, le système français favorise la recherche du moindre coût, d’où les délocalisations, et les tentative de rehausser le niveau de qualité français afin de monter en gamme et de maintenir le savoir-faire français, mais sans jamais parvenir à rivaliser avec les Allemands. De plus, la France offre des aides sociales importantes supportant la consommation mais pouvant créer des trappes, et désavantager le travail face à l’assistance.

De surcroît, bien qu’étant fort instruite, la jeunesse française a des difficultés à s’insérer dans le monde du travail, alors que les travailleurs les plus anciens peinent à y demeurer, il y a là des faiblesses créant des fractures sociales dangereuses.

*               *

*

 

En conclusion, si le modèle allemand paraît être une solution dans la crise actuelle, il faut prendre garde à ne pas trop strictement l’appliquer à une économie française totalement différente. De même, il ne faudrait pas idéaliser un modèle qui a ses faiblesses et ses risques.